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A Bukavu, la problématique de la gestion des déchets s’impose comme une urgence environnementale et sanitaire. Dimanche 22 mars 2026, habitants, autorités locales et experts se sont réunis au Stade Mzee Laurent-Désiré Kabila dans le cadre d’une émission publique organisée par le Bloc Média, avec l’appui du Bureau de la Coopération Suisse en RDC, à l’occasion du Mois vert.

Au cœur des échanges, les habitants en particulier ceux de la commune de Kadutu ont exprimé leur volonté de s’impliquer activement dans l’assainissement de leur ville. Face à eux, le maire de Bukavu, Nicolas Kyalangaliwa, a réaffirmé l’engagement de son administration à améliorer durablement la gestion des déchets.

Dans une approche participative, il a insisté sur la nécessité de changer les mentalités : « Le problème des déchets commence d’abord dans les comportements. Nous misons sur la sensibilisation, la formation et la conscientisation avant d’envisager des mesures contraignantes ».

Des mesures concrètes annoncées

Parmi les principales annonces, le maire a évoqué : l’ouverture prochaine de trois nouveaux dépotoirs modernes, notamment à Nyantende et dans le territoire de Kabare, le réaménagement du site de Musigiko, dans la commune de Bagira et la distribution gratuite de plants d’arbres aux ménages disposant d’espaces, avec à terme une obligation de plantation pour certains foyers.

Il a également salué les effets positifs des travaux communautaires « Salongo », affirmant une baisse des maladies liées à l’insalubrité, notamment la fièvre typhoïde et les infections dues aux « mains sales ».

Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent. Le maire a dénoncé l’absence de rétrocession dans les fonds collectés par certaines sociétés d’évacuation des déchets et a promis des opérations de contrôle pour garantir leur efficacité.

De son côté, Madeleine Bwenge a insisté sur la responsabilité des ménages dans le tri des déchets à la source, appelant notamment les femmes à abandonner la pratique consistant à confier aux enfants l’évacuation anarchique des immondices.

Manque de moyens et besoin d’innovation

Intervenant lors du débat, Mizo Kabare a souligné le déficit logistique criant : « Il faudrait au moins 270 véhicules pour assurer une collecte efficace, alors que la ville produit plus de 890 tonnes de déchets par jour ».

Il a également plaidé pour la création d’une unité de recyclage, afin de transformer les déchets en ressources et réduire la dépendance aux dépotoirs.

L’enseignante Nelly Furaha a, quant à elle, alerté sur les conséquences de la pollution du Lac Kivu. Elle a expliqué que les déchets charriés par les pluies vers le lac menacent la biodiversité aquatique ; affectent les activités économiques liées à la pêche ; polluent l’eau avec des risques sanitaires pour les populations et perturbent le fonctionnement de la centrale hydroélectrique de Ruzizi I, provoquant des délestages fréquents.

Au nom de la société civile de Kadutu, Alain Mutiki s’est engagé à relayer les recommandations issues de cette rencontre et à mobiliser les citoyens pour un changement durable des pratiques.

Cette émission publique aura permis un dialogue direct entre autorités et population, posant les bases d’une gouvernance environnementale inclusive. Elle marque une étape importante vers une gestion plus responsable des déchets à Bukavu, où l’implication citoyenne apparaît désormais comme un levier essentiel pour relever les défis environnementaux.

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